Les enfants Aborigènes sont 24 fois plus susceptibles de se faire incarcérer que les Non Aborigènes

Article extrait du sydney

Texte original en anglais de Inga Ting, cotraduit par Marie Christine Masset, Loic Martin et Thierry Gerard

Les enfants Aborigènes sont 24 fois plus susceptibles de se faire incarcérer que les Non Aborigènes.
Ce simple graphique montre pourquoi nous Australiens avons besoin de nous poser des questions difficiles à propos de notre système judiciaire.
2013 a été la troisième année consécutive où l’écart du taux d’incarcération entre les jeunes Aborigènes et Non Aborigènes a augmenté à l’échelle nationale, comme nous le montrent ces nouveaux chiffres de l’Institut Australien de la Santé et du Bien-Être. Les enfants et les adolescents aborigènes sont 24 fois plus susceptibles d’être incarcérés, à la différence près que ce fait est le plus frappant en Australie Occidentale, selon le rapport du Service de la Justice des Mineurs de (AIHW).black1

En Australie Occidentale, les Aborigènes âgés de 10 à 17 ans sont 52 fois plus susceptibles d’être incarcérés que les enfants Non Aborigènes, cependant, en Australie Occidendale 10% des garçons de cette même tranche d’âge ont été placés sous surveillance dans leur communauté en 2013.
« Au niveau national, les ratios des Aborigènes et Non Aborigènes sous surveillance judiciaire ont été gonflés car les chiffres et les ratios « ont chuté » rapidement pour les jeunes Non Aborigènes contrairement aux jeunes Aborigènes » déclare Justine Boland, porte parole de l’AIHW.

En Australie, les pourcentages des Non Aborigènes sous contrôle judiciaire (chiffres qui incluent la surveillance par les communautés et la détention) ont chuté de 25 % en 5 ans jusqu’à 2013. Le pourcentage concernant les Aborigènes a, lui, reculé de 10 %.
L’écart des taux d’incarcération a augmenté tous les ans depuis 2010. Concernant l’encadrement des jeunes par les communautés, l’écart s’est creusé pour la quatrième année consécutive, ce qui illustre bien le fait que les jeunes Aborigènes sont 14 fois plus susceptibles d’être sanctionnés.
« Le développement de programmes en matière de justice pour mineurs n’a pas pris suffisamment en compte les besoins spécifiques des jeunes autochtones. Il doit prendre place dans la communauté et sous son contrôle. » a déclaré le criminologue de l’Université de Nouvelle- Galles-du-Sud, Chris Cunneen. bi

« Les initiatives visant à éviter que les jeunes finissent en prison, et qui ont contribué à une chute sans précédent du nombre de jeunes sous contrôle judiciaire l’année dernière, n’ont pas bénéficié aux jeunes Aborigènes. Au même moment, les mesures répressives, telles que les peines obligatoires en Australie Occidentale, et dans le Queensland, l’arrêt de la possibilité d’être emprisonné en dernier recours et la suppression des Tribunaux de la Jeunesse pour les affaires de stupéfiants dans le Queensland et la Nouvelle- Galles- du -Sud, frappent de manière disproportionnée les Aborigènes. » ajoute Chris Cunneen.
Encadrement par les communautés
Au niveau national, environ 6100 personnes âgées de 10 à 17 ans sont sous le contrôle de la justice sur une journée en moyenne. Près de la moitié sont Aborigènes.
Les chiffres sont encore plus évocateurs au sujet des incarcérations. Les jeunes Aborigènes représentent 6 % de la population âgée de 10 à 17 ans, mais ils représentent 58 % des jeunes incarcérés.
Harry Blagg, criminologue à l’Université d’Australie Occidentale, affirme que l’Australie a besoin de mettre en confiance les Aborigènes face au système judiciaire. « La raison pour laquelle ces programmes (ceux pour les jeunes ayant eu des démêlés avec la justice) n’ont pas eu l’effet escompté pour la jeunesse Aborigène, est que notre système est encore trop culturellement blanc ».mono1
Statut socioéconomique Nombre de jeunes sous contrôle judiciaire lors d’une journée moyenne

«Ces questions soulevées par la Commission Royale pour les décès des Aborigènes en détention, qui mettent en évidence que ces derniers sont parmi les groupes les plus défavorisés et marginalisés d’Australie, sont toujours d’actualité.»
Les jeunes les plus défavorisés sont sept fois plus susceptibles d’être sous surveillance, que les plus favorisés, selon le rapport. De même, les jeunes des zones très reculées sont sept fois plus susceptibles d’être sous le contrôle de la justice que ceux vivant dans les grandes villes .
Le Professeur Blagg dit que le cumul des désavantages, incluant les problèmes provoqués par les mères qui boivent durant leur grossesse, amène de manière répétitive les jeunes Aborigènes à être confronté au système judiciaire.

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« Nous avons un traumatisme intergénérationnel. Nous subissons les conséquences des violences familiales, les jeunes préfèrent être dans la rue plutôt qu’à la maison. Nous avons des problèmes, actuellement, avec le manque d’engagement du système éducatif. Nous avons des taux de suicide élevés chez les jeunes. Domine ce sentiment chez les jeunes Aborigènes que la vie a peu à offrir. » En Nouvelle-Galles-du Sud, des études antérieures menées par le Bureau des Statistiques de la Criminalité et de la Recherche ont mis en évidence une augmentation du nombre de mineurs qui se sont vu refuser la mise en liberté sous caution. Une approche punitive qui a des conséquences dommageables pour les Aborigènes « parce que les gamins aborigènes sont plus susceptibles d’avoir un passé de délinquant » constate le Professeur Cunneen.
Le directeur du BOCSAR (Bureau des Statistiques de la Criminalité et de la Recherche), Don Weatherburn, dit que les Aborigènes ont tendance à commettre des infractions plus variées que les non Aborigènes, ce qui peut expliquer en partie l’écart grandissant dans les taux concernant les jeunes sous surveillance judiciaire. Il affirme que les taux d’arrestation des mineurs ont bénéficié « d’un énorme recul » mais cela concerne principalement les infractions sur les biens.
« Les Aborigènes sont de façon disproportionnée impliqués dans des délits violents » ajoutet-il. « Ils commettent des types d’infraction qui empêchent toute possibilité de réduction des taux d’incarcération »